Les larmes douces-amères de  Clémentine
L'OFFENSÉE
veuve de guerre



Une lettre de Clémentine

Elle écrivait à l’épouse d’Aristide, c’était à l’occasion des noces de son grand dadais de fils:

Ma chère Adèle,
mon fils Pierre vous fait dire combien il sera heureux de pouvoir présenter sa fiancée aux cousins de la fabrique, malgré la contrainte du déplacement que ça va vous faire. On sait bien que vous ne pouvez pas laisser longtemps toutes seules vos ouvrières c’est sûr. Ici les compliments ne cessent de nous pleuvoir dessus, on vient sans arrêt nous voir et nous féliciter pour l’installation de l’eau courante. Car personne encore n’en dispose que nous autres dans le pays. C’est une grande bonté de votre époux, répétez-lui bien qu’il ne fallait pas. Quand même nous nous étions toujours satisfait de notre éolienne et malgré les caprices du vent (ils sont aussi ceux du Seigneur!) notre peine était déjà assagie grandement. Je ne crois pas qu’on ait à craindre d’épizooties, et Pierre d’ailleurs s’en sert toujours pour donner aux bêtes. Et là-bas comment vont monsieur votre fils et sa jolie dame, non plus qu’on les voit pas assez souvent chez nous eux aussi? Mais c’est vrai chère cousine, les vieux avec les vieux les jeunes ont leur vie c’est normal. Vos soucis sont-ils enfin devenus supportables dans la prière? Pour le mariage nous n’inviterons que les proches ce qui fait qu’il ne faut pas compter plus de soixante invités, il faut que vous veniez tous, j’y compte bien! Mais il ne faut plus que le cousin Aristide baille le marocain comme il l’a fait jusqu’à présent, même s’il peut toujours venir s’occuper du caveau de Julie et d’Alexandre. J’en prends grand soin, qu’il ne s’inquiète surtout pas. Ce n’est pas le temps qui me manque et je sais que le vôtre est compté. Et votre beau caveau dans ce grand cimetière doit suffire à votre peine et à vos propres souffrances. Chacun ses morts comme chacun ses chagrins, plaise à Dieu qui nous regarde tous là où Il est!. Yvette la fiancée est occupée à se faire une belle robe pour le jour où vous allez venir. Maintenant elle me dit qu’elle manque de chaussure je lui ai dit pourtant qu’il ne faut pas vous accabler davantage malgré le soin qu’elle tient à porter à sa présentation. Je ne compte plus les jours ni les années qui me sépare de mon cher défunt, je lui disait ce matin encore penchée vers lui. Je compte un à un les beaux jours qui nous rapprochent. Pour les chaussures d’Yvette elle m’a dit que c’était du 38 je crois.
Votre très reconnaissante,
Clémentine.

Exemple de patois charentais, la recette des haricots:
MOJHETTES PIATES
peur 5 peursounes

o faut : 1.5 kg de mojhettes piates dau pont labbé, 2 grous ognuns, ine feuve d'ail, 300 gr d'carottes, 3 toumates, 20 gr de beurre d'cheu nous aut',ine thuillère à soupé d'heule, in bouquet bin garni, de la sau et dau poiv'. Dan ine pouèle à calottes (une sauteuse), o faut veursé l'heule, le beurre. Amprès tu veurses les mojhettes, les carottes copées fin dan l'larghe, les ognuns copés t'en cubes, les tomates ébouillées sans la pia, ni les papins. Asteur o faut qu'o sue mais pas qu'o rime ni qu'au racasse. o faut jhuste zou couvrir d'éve, et faut pas n'en mettre in pien baquet! la sau et l'poiv'. Laisse zou jhargotter durant ine heure, tu zou brasse de distance en distance et tu rajhoutes de l'ève bin chaud' quan t'o n'en manque. O yen a qui zou mangeant anvec ine cote d'agna, moe jhe zou prend anvec de la goraille et ine pissete d'heule de calas. Asteur o va vous fiater la goule !





Expressions patoisantes
patois charentais: jh'avions les jhambes en queue d'pâqu'rettes (avoir les jambes lourdes)
patois vendéen: l'temps s'abeunaudie, o va cheure une renapée (le ciel se couvre, il va pleuvoir)
un langage magnifiquement imagé !


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