Elles étaient des filles de ferme, celles-la même que l'on retrouva employées à plein temps et à tout faire dans les maisons bourgeoises, cloîtrées, soumises, avant de se rebiffer, avant de convoler en justes noces avec leur liberté...
Dame Richarde décida de confier l'enfant "recommencé" à (celle qu'on appelait jadis)


(Extrait de "l'allaitement mercenaire", ouvrage de médecine "douce" - 1904)
Elle aura des habitudes simples. Il faut en choisir une qui ait déjà élevé un enfant et la faire examiner par le médecin de la famille. Bien portante, ayant une belle dentition, des seins pas trop volumineux, des mamelons bien conformés, et propre, d'un caractère doux. Elle ne devra pas sortir seule mais accompagnée par quelqu'un de la famille, afin qu'elle ne soit pas corrompue par des mauvaises fréquentations. Elle aura une nourriture saine et abondante mais on changera le moins possible sa vie habituelle; peu coutumière du régime qu'elle trouvera dans la famille, elle mangerait trop et son lait subirait des modifications qu'il est utile d'éviter.Une nourrice ne doit pas engraisser, ni maigrir. Elle a besoin d'exercices et pour qu'elle ne s'ennuie pas elle devra toujours faire quelque chose. On doit lui témoigner de la satisfaction lorsqu'elle soigne bien l'enfant et se conduit bien. Dans la cas contraire la menacer qu'elle sera renvoyée. Disons aussi qu'elle sera largement payée, car elle fait vivre une nombreuse famille et même son mari, s'il est au régiment par exemple...
 


Alphonsine ...

... Lydie, Aimée, Noémie ou Gilberte faisaient tout de la cave au grenier, et du matin au soir. Dévoyées par les leurs au service d’une maison bourgeoise ou elles devront vivre à plein temps sans plus que rarement en sortir, devenue malgré elles à la longue les confidentes pour tout un chacun, dont elles finiront par connaître les plus petits secrets inavouables. Des gamines que l’on berçait dans l’illusion d’un mieux être, d’une vie meilleure, à cause de cela d’une dévotion à toute épreuve: du pain bèni!
Et par-dessus tout des parents qui vivaient le devenir de leur gamine comme une ascension sociale par procuration, des parents qui n’en étaient pas peu fiers de leur fille, des parents qui les cèdaient de bonne grâce pour une bouchée de pain sous prétexte que cela lui ferait les pieds, sous couvert de la dégrossir.
La nuit elles étaient confinées au grenier dans leur cagibit en briques nues, sans eau courante, un lit en fer, une chétie ampoule électrique au plafond, l’hiver grelotant de froid (“la chaleur monte” disait Aristide) et les nuits d’été sans pouvoir dormir; levées dcs potron-minet, gagnant aussitôt leur domaine de prédilection la cuisine, café léger pour l’un, serré pour l’autre, lait chaud avec ou sans chocolat, chicorée, tartines plus ou moins grillées, après quoi le ménage et dieu sait si la maison est grande, le repas de midi qui mijote après avoir pelé émincé les légumes, le service à suivre, la vaisselle à faire, le linge à laver chaque mercredi dans la buanderie, le linge à repasser, les bocaux de viandes l’hiver, les conserves de fruits l’été, les confitures, le repas du soir après avoir été donner aux poules, aux lapins, ou gaver les oies, sinon les commissions en ville deux fois la semaine; et justement pendant la guerre des emplettes autrement particulières, des dizaines de kilomètres à bicyclette avec la valise, légère à l’aller lourde au retour, gorgée de victuailles de chez Germaine, Clémentine, Célestine, Vébert et les autres avec le risque fou de se faire arrêter, en s’exposant de devoir payer un droit de passage dans les fourrés alentour; et pour finir la sainte journée domestique cette seule plage de sérénité bien gagnée qui consiste à s’évader tard dans la nuit dans la lecture de “Nous deux” et “Intimité” histoire de tenir le coup et reprendre des forces vives...
Peu de sommeil, si peu de volonté, pas le temps de vivre.
Mais après la guerre, quand il y eut la frairie les musiques et les attractions, survenait un beau jour un beau gars, un garçon travailleur et gentil, et les têtes qui chaviraient...
C'en était heureusement fini des Phonsines, bonnes gens...


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