la "Dame Blanche"
(autre nom donné à la chouette effraie)


Dame Richarde, veuve elle-même mais riche et rentière, voyait les Proust, de riches  propriétaires terriens. Catholiques. Ils avaient une fille. Dès lors sous leur égide pu s'accomplir l'irrémédiable: cette alliance contre nature qui devait contraindre le fils d'Alexandre à tout renier en bloc de sa croyances originelle. Une cascade de reniements dont il cherchera à se défaire la soixantaine survenue, faisant le bien en dilapidant sa fortune parmi ceux de ses origines - ceux demeurés - et les interrogeant à tour de bras sur sa véritable génitrice...imaginant ce destin certainement différent qui aurait pu être le nôtre si Julie avait survécue...
  Intouchable et solitaire  

Intouchable et solitaire, divinisée par toute une populace, la Richarde se faisait un devoir de descendre sur tous ceux qui souffrent.
Tandis que chez les uns elle se rendait calmer la colère d’un époux, chez les autres elle allait apaiser la jalousie d’une épouse, ici pourchassant à sa manière une maladie jugée incurable par la médecine officielle, et là accompagnant de sa réconfortante présence un mourant, une mourante, et tout cela sans jamais rien réclamer en retour que leur simple reconnaissance. Chez tous il suffisait de prononcer son nom pour ramener à l’obeissance les mauvais drôles.
Quand elle poussait la porte basse d’une petite demeure paysanne c’était comme une apparition lumineuse dans la pénombre misérable, elle en dissipait les vibrations malsaines, et chaque fois un miracle s’accomplissait sans qu’on s’en étonnât.
Elle possédait tout, les gens, les bois, les champs et les  demeures des gens, elle détenait cela de son défunt époux, Auguste Perrault, un bienfaiteur à sa manière et en son temps, un temps qui n’était déjà plus le même sous Richarde, un temps qui allait connaître encore bien de profonds bouleversements et bien sûr la Richarde n’y serait pas étrangère.Richarde Perrault avait deux mille ans, Richarde  était immortelle. Au malade qu’elle visitait à saison d’hiver, elle disait: “si toi tu ne laboures pas la terre aujourd’hui, qui le fera à ta place?, et personne non plus ne pourra semer à ta place et tu auras perdu toute une année, comment les tiens vivront-ils l’hiver prochain!?”...Et le malade se levait et il s’en allait dehors pour éviter la famine des siens. Et si le même était malade durant la belle saison, elle disait tout pareil: “si tu ne vas pas récolter le blé pourrira sur place et tu ne pourras rien faire de ta terre quand l’hiver sera venu”...Et l’homme sortait moissonner, riant de s’être cru malade et bénissant sa bienfaitrice. Et pareil si c’était la femme et pareil dans toutes les petites maisons  et on la célébrait.




Veuf de Julie, Alexandre épousa
la RICHARDE

L'EMBLEMATIQUE
LA RICHARDE
L'emblématique et son Alexandre

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  Les Saintes Ablutions de Dame RICHARDE   

En chemise de nuit, elle déposa sa lourde silhouette devant une cuvette et un broc plein d’eau.  Puis elle dénuda son buste et se lava ainsi le haut du corps. Il n’y avait pas de miroir dans cette chambre. Elle dénuda ses jambes, son ventre et se lava le bas du corps avec le même empressement que pour le haut, ainsi faisait-elle chaque fois, ménageant le Divin Regard. Cette chemise de nuit avait fait partie de son trousseau de jeune mariée. Sur celle-ci  comme sur les autres, les couseuses avaient ménagé une fente, finement brodée, exactement là où il faut au cas où  Charles-Auguste se fût mis dans la tête de se donner un héritier. Cela ne se fit pas.  Depuis, la Richarde en avait fait condamner l’accès, et cela bien avant qu’Emma fût entrée à son service. C’était une fille de ferme. Elle l’appela. C’était le moment de l’aider à passer ses atours, immuable cérémonial avant chaque visite. Emma était accroupie au pied de sa maîtresse, seulement troublée comme on le serait devant n'importe quelle divinité bien en chair. Richarde lui caressait sans y penser la chevelure.
- Ah jeunesse!, jeunesse! Autant que je me souvienne, à votre âge, j’avais bien un corps, mais il n’existait pas, pour moi. Il n’existait que pour mon Charles-Auguste! Enfin il existait, disons, suffisemment...
A votre âge, dire de quelqu’un qu’il était beau c’était porter un jugement sur son costume, son allure; sur sa robe. La beauté c’était aussi pour certains ce regard qui trahissait l’âme. Et pour exprimer la laideur, le repoussement, nous disions au lieu: la méchanceté!...

 

Emma agrafait le soutien-gorge et Richarde disposait ses deux gros seins dedans lorsqu’elle dit encore: - Ah ces attributs de la femme! Creux reliefs et bosses! Et sa réflexion la fit rire. Cela réconforta Emma et elle rit à son tour poursuivant d’habiller sa maîtresse, toute rouge songeant à autre chose, songeant à ce corps de tous les hommes, ces  corps qu’elle avait connu sur elle. Et l’autre femme au-dessus d’elle insistait et la caressait. - Et me croirez-vous, disait-elle, si je vous affirmais que mon époux ne m’aura jamais vraiment découverte, et que je ne l’ai jamais vraiment vu! Cela vous étonne? - Oh non madame, répondit Emma. - Avez-vous un galant?, dit Richarde...Et comme Emma s’apprètait à s’insurger, Richarde dit: - Mais vous êtes bâti pour eux, vous êtes faite pour assurer notre descendance...A ce moment Emma se tenait debout devant sa maîtresse et celle-ci lui toucha les hanches, les joues; puis comme elle maintenait fermement le visage de la jeune femme elle l’attira contre elle, pour aussitôt la repousser sans ménagement: - Je finirai toute seule ma fille, éructa-t-elle, toute seule! Fichez-moi le camp, espèce de mijaurée...

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